Autopsie du deuil

Autopsie du deuil

La mort s’installe, son kit de chagrins déballe. Le cœur meurtri par la douleur, les yeux enflés par les pleurs, tout genre de pensées salvatrices accourent, viennent à notre secours.
Les premiers jours c’est le classique : « c’est mieux qu’il/qu’elle ne souffre», suivi quelques jours plus tard par un rejet total de tout genre d’excuse capable d’alléger notre cœur alourdi par le manque. Perforé par le vide. Meurtri par le sadisme des souvenirs et l’impitoyable nostalgie qui s’amuse à nous tortiller l’âme tout comme un maniaco-dépressif se ronge les ongles.
Et ça continue à nous ronger. Et les absences continuent à nous habiter. On se plait à remuer le couteau dans la plaie. (Et personne pour nous offrir des éclairs au chocolat).

Puis vient l’heure. L’heure de dormir, de pas dormir, de ne pas y arriver, l’heure de l’insomnie, l’heure de rêver qu’on dort, qu’on vit, ailleurs ou dedans. C’est l’heure de savoir que le temps n’est pas l’heure. Que le temps est un leurre. Que c’est juste un espace, petit, tout petit, tellement petit qu’on oublie de le voir. Cet espace qui sépare le début de la fin et qu’on tranche sans savoir qu’à chaque tranchoir, c’est une bouillie de temps, de vie qu’on arrache à l’histoire.

Et puis naturellement, histoire de rendre le manque plus digeste, histoire de rendre le chagrin moins leste, de combler le vide qui a pris forme, on se forme a disséquer le chagrin : c’est une autopsie de la douleur ; on énumère tous ceux qui sont partis aussi. On s’apitoie encore plus sur le sort de ceux qui sont partis plus jeunes, et de l’atroce, insupportable douleur qu’ils ont dû laisser derrière eux.
Il reste assez de nuit pour en faire un livre mais j’attends encore le jour, le silence aux bords des yeux.

“From my rotting body, flowers shall grow, and I am in them, and that is eternity.” -Edward Munch

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